Entretien avec Emilie Guerel, jeune députée de 34 ans La République En Marche (7ème circonscription du Var), rapporteur sur le SNU (Service National Universel), commission de la Défense nationale et des forces armées.

La députée Emilie Guerel

Il y a quelques mois encore, cette brillante jeune femme n’avait aucune expérience politique. Professeure d’anglais dans un collège à Ollioules, c’est en mai dernier qu’elle s’est révélée. En étant nommée, à sa grande surprise candidate La République En marche ! aux législatives, c’est le début d’un grand bouleversement dans la vie de la jeune Varoise. En effet, elle est élue le 18 juin dernier députée à 56,97% contre Frédéric Boccaletti du Front National, conseiller régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Elle prend alors la place de Jean-Sébastien Vialatte (Les Républicains), au pouvoir depuis 2002. Entretien avec un homo novus en pleine ascension politique.

 

-Bonjour Madame la députée et merci d’avoir répondu à notre invitation. Il y a quelques mois encore, vous étiez méconnue du grand public. De plus, vous appartenez à un parti qui existe depuis seulement quelques mois. De ce fait pensez-vous incarner le renouvellement politique ?

Oui, je pense parce que je suis jeune, je suis une femme, et suis issue de la société civile. Ainsi, j’ai vraiment les qualités pour incarner le renouveau qu’ont voulu les Français quand ils ont voté pour Emmanuel Macron, qui est le plus jeune président de la Vème république.

-Qu’est-ce qui vous a séduite dans LREM ?

J’ai été séduite par le fait que ce mouvement réconcilie les valeurs de liberté et d’égalité : je pense que le mouvement est une synthèse de ces deux notions. L’idée de renouveau m’a également décidée à m’impliquer.

-Étiez-vous engagée auparavant ?

Non, pas du tout. C’est mon premier engagement.

-Vous ne vous reconnaissiez pas dans les autres partis ?

Non, c’est vrai que les autres partis ne m’avaient pas forcément conquise mais En Marche ! est arrivé à un moment dans ma vie où je ressentais le besoin de m’engager. Je pensais d’abord m’engager dans une association et puis finalement, j’ai adhéré au mouvement parce que j’appréciais la personnalité d’Emmanuel Macron que j’avais découvert lorsqu’il était encore ministre, notamment avec la loi qu’il a portée.

-Je suppose que votre mode de vie a radicalement changé, ainsi que celui de vos proches. N’était-ce pas trop dur de vous y adapter ?

Non, pas tant que ça, plus que mon mode de vie, c’est mon état d’esprit qui a changé. Maintenant, je me sens utile à mes concitoyens et à mon pays. Concernant le quotidien, on s’organise et on y arrive.

-Dans votre circonscription, Emmanuel Macron n’est arrivé que 3ème au premier tour de la présidentielle. Comment avez-vous fait pour mobiliser les électeurs ?

Je me suis beaucoup appuyée sur les comités locaux : on a énormément tracté. Nous avions toute une organisation : un marché tous les matins… C’était vraiment important pour moi parce que dans les comités on fait de la démocratie participative : on avait notamment construit le programme d’Emmanuel Macron ensemble, ce qui a beaucoup joué. Toutefois, ceux qui ont été le plus difficile à mobiliser étaient les jeunes. J’avoue que là ça a été plus dur.

-Quel projet de loi vous a le plus marquée depuis votre arrivée au Palais Bourbon ?

Le projet de loi qui m’a le plus marquée et dont je suis la plus fière est la moralisation de la vie politique. J’ai eu un immense sentiment de fierté le jour où j’ai voté pour cette loi.

-Vous êtes d’ailleurs récemment intervenue vous aussi dans l’hémicycle le 28 septembre dernier dans le cadre de l’examen du projet de loi visant à renforcer la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme. Comment s’est déroulée cette première intervention ? N’étiez-vous pas trop anxieuse ?

Non, je n’étais pas anxieuse parce que je maîtrisais mon sujet mais il est vrai que c’était impressionnant de parler devant tant de gens aussi aguerris qui ont une riche carrière politique. Je me suis lancée et cela c’est très bien passé.

-D’ailleurs, pourquoi avoir choisi la commission de la Défense ?

J’ai choisi cette commission parce que c’était cohérent par rapport à ma circonscription, construite sur des questions de Défense. Je pense notamment à la Seyne-Sur-mer et à St Mandrier qui ont une riche histoire d’activités militaires. Plus largement je pense au département du Var avec Toulon qui est le premier port militaire de France et le premier département de défense. De plus, j’aimerais lier les questions de jeunesse avec les questions de défense parce que je trouve que l’engagement pour la Défense peut être une très bonne réponse pour les jeunes en décrochage scolaire. En effet, en terme de débouchés, ils peuvent trouver des solutions dans ce secteur. Cela me concerne d’autant plus du fait que je suis rapporteur de la mission sur le Service National Universel. Cela me porte vraiment à cœur de réconcilier les jeunes avec la Nation.

-Quelles sont pour vous les mesures phares de ce mandat dans ce domaine ?

Le service national est un grand projet de cohésion nationale. On souhaite pour une classe d’âge, c’est à dire environ 700 000 jeunes par an, proposer un service qui soit civil ou militaire. Le but est de leur inculquer les valeurs de la république, le sens de l’engagement et les gestes de premier secours en raison des risques d’attentats que nous avons sur notre sol. Il est important de travailler sur la résilience de la nation qui passera forcement par l’apprentissage des gestes de premier secours et l’apprentissage de la solidarité.

-Avez-vous le projet de porter une loi dans votre domaine de compétence ?

J’ai beaucoup d’idées, mais je ne suis pas en faveur de l’inflation législative. Toutefois, je compte organiser des ateliers de concertation publique afin que mes concitoyens me fassent remonter des problématiques de terrain. À partir de là, pourquoi pas faire des propositions de loi.

-Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre nouvelle fonction ?

Ce que j’aime le plus c’est découvrir la richesse de mon territoire et les entreprises. Par exemple, hier, j’ai eu la chance de visiter la prison de La Farlède. J’aime être au contact du terrain, m’imprégner des problématiques de mon territoire et voir les réalités du quotidien afin d’en faire quelque chose.

-Il n’y pas un jour sans que l’on découvre un nouveau scandale à propos de harcèlement sexuel dans les médias. Vous sentez-vous concernée par ce sujet ?

Oui, je me sens totalement concernée. De plus, j’ai demandé à faire parti de la mission d’information qui va travailler sur le harcèlement de rue et qui après va proposer des recommandations pour le projet de loi de Marlène Schiappa, Secrétaire d’Etat à l’Egalité Homme/Femme. Ainsi, c’est vraiment un sujet qui m’intéresse. Je vais aussi organiser un atelier de concertation publique à la Cité Berthe à La-Seyne-sur-Mer sur la place des femmes dans l’espace public.

-Que signifie le mot « féminisme » pour vous ? A-t-il toujours un sens aujourd’hui ?

Pour moi, il signifie non pas opposition mais bien réconciliation.

-Considérez-vous comme difficile de gérer votre vie familiale et vos ambitions politiques ? Plus que pour un homme ?

Non, ce n’est pas difficile dans le sens où j’ai la chance d’avoir un mari très compréhensif et une fille qui est déjà grande. Je n’ai pas d’enfants en bas âge donc c’est peut être plus simple pour moi. Elle m’a d’ailleurs toujours suivie dans mon parcours, notamment quand j’étais animatrice d’un comité En Marche ! où elle assistait à nos réunions. Au contraire, pour moi, c’est très important parce que cela inculque aux enfants dès leur plus jeune âge le sens de l’engagement et j’espère qu’elle sera une femme engagée.

-Pensez-vous que si vous étiez un homme, ce serait plus facile ?

Plus maintenant.

Propos recueillis par Louise Msallan.