La marque de produits hygiéniques Nana a récemment diffusé son dernier clip publicitaire « Viva la Vulva ». Le spot consiste en 30 jolies secondes où sont représentées des vulves de façons plus ou moins implicites – du coquillage au cupcake en passant par la classique pêche coupée en deux. Le bon vieux liquide bleu a également été remplacé par une plus réaliste trace de sang rouge sur une serviette hygiénique. La marque a déclaré vouloir lever le tabou sur les règles avec cette pub, ce qui semble après tout admirable et sensé lorsque l’on vend des produits hygiéniques. 

Cette prise de position n’est malheureusement pas du goût de tout le monde. Le CSA a en effet reçu un millier de plaintes demandant le retrait de la publicité et une pétition a également été lancée, déclarant que le contenu du spot publicitaire était dégradant et choquant pour les plus jeunes. Les plaintes ont été rejetées et la pétition sans effet, mais elles illustrent tout de même la puissance du tabou qui entoure encore le corps des femmes et le phénomène, pourtant bien naturel, des règles aujourd’hui. 

 

Le sexe sans le sexuel 

 

Le problème de ces plaintes, c’est qu’elles sont teintées du même tabou que Nana cherche à dénoncer. Il n’y a rien de choquant dans la représentation métaphorique des vulves dans cette pub – les plus jeunes et innocents y voient des portes monnaies qui parlent, les autres comprennent que les portes monnaies qui parlent représentent des vulves. Rien n’est sale, ou dégradant ou portant atteinte à la sensibilité. On ne montre pas de photo de sexe, de serviette sanglante dégueulasse ou le processus d’insertion d’un tampon. Il s’agit dans ce clip d’illustrations bon enfants, tout aussi – voire moins – choquantes qu’un pénis gravé au compas sur une table de collégien. L’objectif de cette publicité est d’enseigner aux jeunes femmes et hommes qu’il n’y a pas de honte à avoir ses règles et de montrer enfin le corps comme utilitaire ; il semblerait que ce soit cela qui choque. 

Les pubs qui sexualisent le corps des femmes sont légions. Pubs de parfums, pubs de voitures, pubs de déodorants pour homme, on voit sans cesse à la télévision des femmes potiches qui ne sont là que pour être belles et admirées. Dans ces clips, les femmes sont présentées comme des objets de désir, leurs corps parfois à peine dissimulés sous des dentelles transparentes. Pourtant cela ne choque personne. Alors pourquoi s’indigner à la vue d’un glaçage de cupcake bien innocent en forme vulve ? 

 

Cachez cette vulve que je ne saurais voir 

 

La tabou sur les règles et l’anatomie du sexe féminin peut paraître futile et sans grande conséquence pour certains. Pourtant il s’agit d’une véritable source d’insécurités pour les jeunes filles. Nana précise sur son site que “62% des femmes ne savent pas définir correctement ce qu’est une vulve, et près de la moitié d’entre elles pensent que la leur n’est pas ‘parfaite’.” L’heure est venue de combattre cette honte qui pèse sur le corps des femmes et qui les empêche de savoir comment se définit leur propre sexe. La pub de Nana est une belle avancée pour le levé du tabou entourant l’anatomie féminine, et sa fonctionnalité. 50% de la population possède une vulve et devra gérer ses règles pour une bonne partie de sa vie. Il serait grand temps d’apprendre à ces filles et à ces femmes qu’il n’y a rien de honteux là dedans. Finissons en avec le liquide bleu et les shorts blancs dans les publicités pour les produits hygiéniques, et acceptons enfin le corps des femmes comme fonctionnel, non pas sexualisé.

 

Article par Nathida Bisiou