Politiqu’elles annonçait en mars dernier avoir saisi le CSA après les propos tenus par Catherine Deneuve faisant l’apologie de la culture du viol.

« Il y a eu des accords entre Roman Polanski et cette femme »
« C’est incroyable que ce soit des femmes, les femmes en général, qui viennent redonner un coup de marteau sur la porte pour le faire sortir »
« je ne comprends pas [que ça puisse choquer des féministes]. Je ne suis pas d’accord avec toutes ces féministes. C’est vraiment abusif »
« C’est une jeune fille qui avait été amenée chez Roman par sa mère, qui ne faisait pas son âge de toute façon. Imaginer qu’une fille de treize ans puisse faire quinze ou seize ans, il n’a pas demandé sa carte de visite. Il a toujours aimé les jeunes femmes. J’ai trouvé que le mot de viol avait été excessif »

Juste après avoir pris connaissance de la teneur de sa déclaration, nous avions saisi le CSA pour faire part de notre inquiétude quant à l’absence de contradiction de Yann Barthès, présentateur de l’émission.

Voici la réponse du CSA reçue le 4 juillet :

 

« Vous avez saisi le Conseil supérieur de l’audiovisuel à la suite des propos tenus par Catherine Deneuve dans l’émission Quotidien diffusée le 16 mars 2017, sur TMC, au sujet de l’affaire concernant Roman Polanski et Samantha Geimer. Vous dénoncez la tenue de propos tenus faisant l’apologie de la culture du viol et tendant à minimiser la responsabilité des auteurs de tels actes. Vous déplorez également que l’animateur n’ait pas davantage maîtrisé son antenne en soulignant la gravité des propos tenus par l’invitée.

Lors de sa séance du 21 juin 2017, le Conseil a examiné la séquence litigieuse.

Le Conseil a estimé que les propos tenus par l’invitée sont déplacés et véhiculent des préjugés rétrogrades concernant les auteurs de viol et leurs victimes ; pour autant, prenant en compte l’intervention de l’animateur, le Conseil a considéré que la chaîne n’avait pas manqué à ses obligations en matière de respect de l’image des femmes.

Je tiens à vous assurer que le respect des droits des femmes dans les programmes télévisés est une préoccupation constante du Conseil. »

Politiqu’elles remercie le CSA d’avoir examiné notre demande. Cependant, nous jugeons l’absence de sanction décevante. La réaction de Yann Barthes face aux propos de Catherine Deneuve faisant l’apologie de la culture du viol est très insuffisante. Nous regrettons que de tels propos puissent être tenus sans aucune contradiction à une heure de grande écoute et devant un public jeune. Yann Barthes et TMC auraient dû s’excuser et a minima se désolidariser.
Il y a un décalage entre la ligne éditoriale de Quotidien, se revendiquant moderne et progressiste, et l’intervention de Catherine Deneuve, l’une des personnalités les plus invitées dans l’histoire de l’émission.
Politiqu’elles continuera de se mobiliser contre la culture du viol et toute forme de sexisme dans les médias, en saisissant le CSA si nécessaire. Nous continuerons aussi à promouvoir la place des femmes dans les médias, leur représentation est une de nos priorités.

Le CSA, contacté par BuzzFeed, justifie plus en détails sa décision :

Le CSA explique que les interventions de l’animateur «allaient dans le sens de tenter de faire prendre conscience à son interlocutrice que ses propos pouvaient être choquants.»

«Le conseil a considéré que les relances et le ton qui avait été employé par l’animateur permettaient d’avoir une distance par rapport à ce qui était dit.»

Le CSA rappelle que ce qu’il doit éventuellement sanctionner n’est pas tel ou tel propos d’une personne en particulier, mais la «maîtrise de l’antenne». «Il est possible de tenir à l’antenne des propos qui peuvent être considérés comme choquants mais il faut que vous ayez un élément de contradiction. On entérine les manquements quand il n’y a pas de maîtrise de l’antenne et que personne ne minore ou ne fait comprendre à l’interlocuteur que ses propos n’ont pas lieu d’être.»