Nicolas Dupont-Aignan

Les propositions de Nicolas Dupont-Aignan sont les suivantes :

Lutte contre les violences physiques et psychologiques :

  1. Libérer les femmes des « prisons textiles » dans les universités, les hôpitaux et les entreprises par le bannissement de tous signes d’appartenance religieuse dans ces lieux comme cela a été fait à l’école.
  2. Créer un centre d’hébergement d’urgence (par intercommunalité) pour répondre à la détresse des femmes victimes de violences, à l’image de l’action réussie de Yerres qui a mis à disposition 7 logements gérés par l’Association LEA.
  3. Mettre à disposition un nombre suffisant de téléphones « touche grand danger », pour qu’il n’y ait plus de femmes qui meurent sous les coups (121 en 2013 !).
  4. Renforcer les sanctions contre les propos et images misogynes allant jusqu’à l’appel à la violence, notamment dans les chansons.
  5. Mettre en place un vrai plan de lutte contre le harcèlement, notamment dans la rue, avec la création d’une amende spécifique dissuasive en plus des peines de prison.
  6. Mettre en place des peines planchers d’une implacable sévérité envers les auteurs de violences conjugales ou pas faites aux femmes.
  7. Aider les femmes victimes des réseaux de prostitution à retrouver leur liberté (aide aux associations, lutte contre les trafics, etc.).
  8. Favoriser les campagnes d’information sur la contraception réalisées par le Planning familial y compris auprès des jeunes au lycée.
  9. Instaurer un service national civique et militaire mixte (femmes et hommes ensemble) de trois mois, au cours duquel les jeunes auront droit à un passage du permis de conduire.

Égalité dans l’entreprise et conciliation vie privée/vie professionnelle

  1. Créer un label ‘’F – H’’, permettant un allégement de cotisations pour les entreprises respectant l’égalité salariale.
  2. Mettre en place un droit à la formation suite à un congé maternité ou congé parental pour faciliter les évolutions professionnelles.
  3. Infléchir la politique de santé publique afin que l’offre de soins spécifiques aux femmes (gynécologie, maternité, accès à l’IVG, fréquence des tests de dépistage et de contrôle…) soit correctement assurée.

Égalité devant la retraite

    • Améliorer la protection des conjointes de commerçants, artisans et agriculteurs qui ont œuvré à l’activité de leur conjoint en validant plus souplement leurs trimestres de cotisation vieillesse.

L’avis de Politiqu’elles sur le programme de Nicolas Dupont-Aignan et compte-rendu de la rencontre avec Anne Boissel, vice-présidente de Debout la France

 
22 mars 2017

Rencontre avec l’équipe de Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France)

Nous avons pu rencontrer Anne Boissel, agricultrice, maire d’une commune du Calvados et vice-présidente de Debout la France, chargée de l’agriculture et du monde paysan et porte-parole de Nicolas Dupont-Aignan pour l’élection présidentielle. Séduite par les idées défendues par le parti, elle s’est engagée sur le tard en politique, privilégiant l’action sur le terrain à travers ses mandats locaux. Si le candidat est souvent présenté dans les médias sous le prisme de son combat par rapport à l’Union européenne et de ce fait rangé dans le camp des conservateurs (en particulier pour ses positions sur l’immigration et la sécurité), entre François Fillon et Marine Le Pen, certaines de ses propositions en matière d’égalité femmes-hommes traversent les clivages et peuvent surprendre, comme favoriser les campagnes d’informations du Planning familial sur la contraception ou donner un label aux entreprises respectant l’égalité salariale, des idées que nous avions davantage l’habitude de voir chez des candidats de gauche.

Égalité professionnelle

Nous notons que plusieurs propositions rejoignent des idées que Politiqu’elles défend dans la campagne présidentielle, notamment l’égalité salariale, qui n’est pas respectée et que le secret des rémunérations entretient puisqu’il ne permet pas toujours de comparer les salaires. Créer un label pour soutenir les entreprises est une bonne mesure même si elle devrait s’accompagner d’une forte publicité afin d’inciter les autres à faire de même, si ce ne sont des sanctions pour celles qui continuent à moins payer les femmes pour des tâches et des horaires équivalents. Il faudrait déjà commencer par appliquer les lois existantes et donner les moyens à l’administration de le faire. Par ailleurs, mettre en place un droit à la formation après un congé parental permettrait effectivement de ne pas réduire les opportunités professionnelles des femmes qui choisissent de s’occuper de leur enfant et souhaitent reprendre ensuite une activité.

Laïcité

Le fait que la lutte contre les signes religieux ostentatoires figure en première position du programme nous a néanmoins interpellé, comme s’il s’agissait de la mesure la plus importante du programme. Anne Boissel nous précise que dans le contexte actuel, il s’agit d’un sujet primordial. Même s’il n’est pas nommé, nous comprenons qu’il s’agit du voile dont on parle. Le candidat prône son interdiction dans les universités, les hôpitaux et les entreprises puisqu’il réduit les femmes qui le portent à une soumission, imposée ou choisie, mais qui ne peut pas s’accommoder d’une certaine idée de l’émancipation de la femme. Notre interlocutrice cite Nadia Remadna (créatrice de la Brigade des mères) et Zineb (journaliste à Charlie Hebdo) comme des femmes inspirantes sur la laïcité mais reconnaît toutefois que les dispositions juridiques permettant de mettre en place la proposition de Nicolas Dupont-Aignan sont à approfondir, en témoigne la législation actuelle, française et européenne.

Violences contre les femmes, éducation et sexisme politique

Nous avons été séduit de voir que le candidat prend réellement en compte le sujet du harcèlement et des violences faites aux femmes, qu’il s’agisse d’une amende spécifique en plus des peines de prison, des peines planchers, de la lutte contre les réseaux de prostitution et surtout de la création de centre d’hébergement d’urgence pour femmes battues, beaucoup de femmes ne quittant pas leur conjoint violent faute de pouvoir subvenir à leurs besoins et/ou n’ayant pas des proches pouvant les héberger. Renforcer les sanctions contre les propos et images misogynes paraît de bon sens, même si préciser « dans les chansons » laisse entendre que seul le rap serait le problème, alors que chaque année des parlementaires se font remarquer par leurs propos sexistes ou leurs comportement misogyne (des députées sifflées à l’Assemblée par exemple) et qu’en plus de lutter contre la misogynie, il nous semble que l’éducation est primordiale pour prévenir le développement chez les jeunes de pensées sexistes. Nous insistons alors auprès d’Anne Boissel, qui semble avoir conservé du débat sur les études de genre qu‘une vision assez caricaturale développée dans les médias (certains politiques focalisant sur le fait que Najat Vallaud-Belkacem souhaitait faire porter du rose aux garçons et faire jouer les filles au rugby), pour rappeler que cette éducation là vise surtout à montrer que le genre est une construction sociale et que le fait que la place naturelle de la femme est au foyer et que les hommes sont meilleurs pour faire de la politique est un héritage historique qu’il faut combattre et non une vérité tombée du ciel. Les choses présentées sous cet angle, elle acquiesce, nous faisant part de son expérience face au sexisme, de ceux qui critiquaient son ascension politique « trop rapide pour être honnête » ou des barons locaux qui ne s’imaginent pas battus par une jeune femme à une élection (ce qu’elle a pourtant réussi à faire dans une intercommunalité). Nous tenons également à souligner que malgré cette bonne volonté, Nicolas Dupont-Aignan use et abuse du terme « viol » pour qualifier par exemple le vote référendaire de 2005, ou son absence au Grand Débat. Nous souhaitons rappeler que les mots ont un sens, et que ces abus doivent cesser.

Santé des femmes et retraite

La prise en compte pour un candidat classé « à droite » de problématiques comme le maintien sur le territoire et de financements de soins spécifiques aux femmes (gynécologie, IVG…) et la prévention dans les lycées attire aussi notre attention, tout comme la protection des conjointes retraitées de commerçants, artisans et agriculteurs, sujet douloureux pour des femmes qui travaillaient depuis les années 1970-1980 (sans protection juridique à l’époque) avec leur mari et que leur décès ou une séparation laisse démunies dans le troisième âge. Nous tenons à souligner que parmi tous les programmes, il s’agit du seul qui s’intéresse à cette dernière question.

Conclusion générale

Pour conclure, nous sortons plutôt agréablement surpris de notre entretien, car certaines questions sont prises avec sérieux (harcèlement, violences, égalité salariale, IVG, retraites…) bien que parfois un peu légères sur leur mise en oeuvre concrète (à mettre en parallèle avec plusieurs candidats à la primaire de gauche qui par exemple sur les inégalités de salaires prévoyaient un dispositif chiffré très précis). Nous regrettons également que le sujet des stéréotypes de genre ne soit pas traité, pas plus que la parité. Sur ce dernier point, Anne Boissel entend notre proposition de binômes femmes-hommes par circonscription aux élections législatives et nous rétorque que dans son territoire, la réforme par binôme des départementales est un échec car certaines femmes ont été trouvées à la dernière minute par les partis pour garnir les listes. Nous lui rétorquons que le problème réside davantage dans le fait que la réforme a été précipitée et qu’avec plusieurs années de travail en amont, les partis auraient pu trouver les femmes compétentes et motivées pour se présenter, qu’il existe toujours une hésitation de certaines femmes à se lancer dans l’arène politique, par manque de temps ou par crainte, et que c’est aux nouvelles générations de se mobiliser, notamment par l’éducation et l’information. Nous notons cependant qu’en 2012, le parti de Nicolas Dupont-Aignan était le seul à souffrir de pénalités financières pour avoir présenté trop de femmes aux élections, et que c’était un bon point quand on voit qu’actuellement les « grands » partis sont loin d’avoir investi 50 % de femmes.