Nathalie Arthaud

 

L’avis de Politiqu’elles sur le programme de Nathalie Arthaud et compte-rendu de la rencontre avec Geneviève Reimeringer

18 mars 2017

Rencontre avec l’équipe de Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière)

Nous avons rencontré Geneviève Reimeringer, professeure d’histoire-géographie et candidate aux législatives. Elle s’est engagée à Lutte ouvrière lorsqu’Arlette Laguillier était sa porte-parole et se définit clairement comme communiste et féministe. Elle nous a remis plusieurs documents programmatiques, où est précisé que « la lutte contre l’oppression des femmes fait partie de notre combat de militants communistes et révolutionnaires ». LO se félicite d’être le premier parti à avoir présenté une femme à l’élection présidentielle, en 1974, et se place dans la filiation des mouvements féministes qui se sont battus pour obtenir le droit de vote ou le droit à l’avortement. Les quelques lignes consacrées à l’égalité femmes-hommes visent surtout à mettre en garde contre les risques de régression (notamment sur le droit à l’avortement) ou encore à déplorer que le patronat n’applique pas les règles d’égalité salariale afin de tirer les salaires vers le bas.

Lors de notre entretien, nous commençons par nous étonner de ne pas lire dans le projet de Nathalie Arthaud de mesures spécifiques concernant l’égalité femmes-hommes, et même en général faisons remarquer qu’il s’agit davantage d’un manifeste idéologique que d’un programme architecturé avec des propositions précises sur la plupart des sujets que traitent les autres candidats. La représentante de Nathalie Arthaud nous explique alors que LO ne souhaite pas faire un « catalogue de mesures » comme leurs adversaires, faisant remarquer qu’elles servent surtout à se souvenir après les élections de quelle manière elles ont été trahies. La candidate étant anticapitaliste, elle ne souhaite pas se fondre dans le système politique « bourgeois » de la Ve République mais, dans la tradition des théoriciens marxistes, changer la politique en profondeur et voir à terme advenir une société sans État. Les questions traditionnelles que nous posons aux équipes de campagne ont dès lors moins d’intérêt : le parti n’est par exemple pas contre la parité mais étant donné qu’il critique le système représentatif avec un président, un gouvernement et des députés, il fait remarquer qu’elle n’aurait guère de sens dans la société communiste idéale où il n’y aurait plus de personnalités politiques en tant que telles, hommes et femmes, où la classe ouvrière dans son ensemble serait unie.

Égalité professionnelle

En attendant le Grand soir, Nathalie Arthaud propose cependant quelques mesures économiques fortes : interdiction des licenciement, salaire minimum à 1800 euros/net par mois et prise de contrôle du capital des grandes entreprises. Ces trois piliers permettraient alors, puisqu’ils s’appliqueraient autant aux hommes qu’aux femmes, de faire disparaître à terme les inégalités dans le monde professionnel, de soutenir les mères isolées et de permettre en général l’émancipation des individus.

Violences contre les femmes et santé des femmes

Notre interlocutrice reconnaît cependant qu’il s’agit de mesures prioritaires mais pas suffisantes et que la réduction des inégalités économiques ne permet pas de lutter contre les violences faites aux femmes, de réduire les stéréotypes de genre, etc. Elle cite sa propre expérience d’enseignante en notant le faible nombre d’infirmiers-ères dans le cadre scolaire, de la nécessité d’évoquer en cours l’histoire des peuples opprimés et des femmes, ou encore son attention portée au maintien des budgets des centres de Planning familial. « Rien n’est acquis et il faut continuer le combat » nous dit-elle.

Sexisme politique

Quant au sexisme en politique, elle confirme qu’il existe dans le milieu ouvrier comme partout ailleurs mais que beaucoup de progrès ont été faits depuis les débuts politiques d’Arlette Laguillier. Au sein du parti, LO organise des conférences et publie des brochures, certaines portant sur le féminisme, et fait attention à ce qu’il n’y ait pas de tâche sexuée dans son fonctionnement ou dans ses actions de terrain.

Laïcité

Sur le sujet de la laïcité, Geneviève Reimeringer nous explique qu’il rejoint le combat communiste pour sortir les gens de la religion mais qu’il n’implique pas de stigmatiser les croyants ou de se servir de ce thème pour exprimer des opinions xénophobes. Sur le sujet du voile par exemple, elle nous rappelle qu’on ne peut pas le défendre et en même temps militer pour l’émancipation de la femme, que ce vêtement symbolise une pudeur qu’on oblige ou auxquelles s’obligent les musulmanes, se basant sur des règles religieuses mises en place par des hommes et ne se basant que sur le regard des hommes. Cela étant dit, LO s’engage à défendre toutes les travailleuses et ne s’occupe pas des religions des personnes en tant que telles quand il faut sauver des emplois. Elle nous rappelle également que toutes les religions ont des tendances à réduire la place des femmes au foyer et s’alarme de la vision défendue par la Manif pour tous ou Sens commun.

Prostitution

Concernant la prostitution, LO ne critique pas individuellement les travailleuses du sexe mais ne peut soutenir un système prostitutionnel basé sur un échange marchant, avec un dominé qui possède un capital et l’utilise vis-à-vis de femmes qui pour leur grande majorité n’ont pas choisi ce métier et sont exploitées par des proxénètes, notant au passage l’hypocrisie des gouvernements successifs qui ne se démènent pas assez pour lutter contre les réseaux.

Conclusion générale

En définitive, cette rencontre, bien qu’intéressante sur le débat d’idées, nous semble un peu à côté de ce qu’attendent les Françaises et Français en termes d’égalité femmes-hommes. Nous comprenons que le combat anticapitaliste soit primordial dans la logique communiste de Nathalie Arthaud mais sur le sujet spécifique des droits des femmes, il aurait été nécessaire que des propositions précises soient formulées. Nous entendons bien que cela ne fait pas de la candidate quelqu’un qui ne défend pas les droits des femmes mais nous avons l’impression que le sujet est à ce stade mis de côté et que LO privilégie la protestation aux propositions.