Marine Le Pen

Le programme égalité femmes-hommes de Marine Le Pen (Front National)

  • Plan national pour l’égalité salariale femme-homme
  • Lutter contre l’islamisme qui fait reculer les libertés fondamentales des femmes
  • Lutter contre la précarité professionnelle et sociale des femmes

L’avis de Politiqu’elles sur le programme de Marine Le Pen et compte-rendu de la rencontre avec Marie-Amélie Dutheil de la Rochère

Nous avons rencontré Marie-Amélie Dutheil de la Rochère, ancienne collaboratrice parlementaire de Florian Philippot.

Notre interlocutrice nous précise dès le début de notre entretien que le principal problème qui empêche l’égalité entre les femmes et les hommes réside dans les choix politiques et économiques pris ces dernières décennies, en particulier l’adhésion à l’Union européenne et à des traités internationaux « imposés aux peuples » (par exemple le TAFTA), qui, selon elle, tirent les salaires vers le bas, déréglementent à tout-va et précarisent la population, a fortiori les femmes, qui sont plus vulnérables.

Parité politique

Par rapport à l’élection de 2012, nous notons certaines évolutions dans le discours de la candidate. Si lors de la campagne de ce dernier scrutin, elle fustigeait les lois sur la parité, estimant que la promotion des femmes ne doit se faire qu’au mérite, Marie-Amélie Dutheil de la Rochère nous précise que Marine Le Pen ne souhaite pas revenir sur la loi de 2000 sur la parité, envisageant même de la conserver pour le retour à un scrutin proportionnel (donc établi sur des listes alternant un homme et une femme) à l’Assemblée nationale.

Santé des femmes

Concernant l’avortement, la candidate a également fait évoluer son discours par rapport à 2012, ne dénonçant plus les « avortements de confort ». Toutefois, nous n’avons pas pu obtenir de réponse claire sur les divisions entre la ligne « traditionnelle » et la ligne « moderne » au sein du FN sur ce sujet : nous avons bien compris que seul prévaut le programme de Marine Le Pen mais nous restons dubitatifs sur l’hypothèse, par exemple, qu’aurait eu Marion Maréchal Le Pen d’accéder à la présidence de la région PACA en 2015 et sur la politique qu’elle aurait tenu à l’égard du Planning familial (ses positions étant différentes de celles de sa tante). Le FN souhaite aussi revenir sur la loi concernant le délit d’entrave numérique à l’IVG (qui condamne les sites Internet faisant, sous couvert de conseils, de la propagande pour inciter les jeunes filles le souhaitant à ne pas avorter), y voyant une atteinte à la liberté d’expression. Lorsque nous rappelons que les députés européens FN ont voté contre des lois féministes au Parlement européen, notre interlocutrice botte en touche, avant de nous expliquer que ces votes s’expliquent surtout parce que le FN considère que l’égalité femmes-hommes n’est pas une compétence européenne et que le parti ne veut pas légitimer cette prise de pouvoir sur le sujet. Enfin, concernant les alliés parfois sulfureux et très radicaux du parti frontiste au Parlement européen, Marie-Amélie Dutheil de la Rochère considère qu’il s’agit surtout d’une convergence d’intérêts géopolitiques mais que le FN ne donne pas son avis sur ce que chacune de ces formations politiques propose nationalement.

Égalité salariale et professionnelle

Marine Le Pen souhaite revaloriser le minimum vieillesse, mesure qui bénéficierait notamment aux retraitées et aux veuves, note notre interlocutrice. Mais la teneur réelle des quelques propositions concrètes, en particulier le plan d’égalité salariale, nous échappe encore : à la différence d’autres candidats, nous ne notons pas de mesure spécifique pour la mettre en oeuvre (contraintes financières ? « name and shame » ? label spécifique pour les entreprises respectueuses ?). Nous notons juste que Marine Le Pen veut « à travail égal, salaire égal ». D’autres mesures sont envisagées, comme rapprocher de leur domicile les mères seules travaillant loin. Concernant le congé parental, Marine Le Pen ne souhaite pas le partager équitablement entre hommes et femmes, considérant que ce ne serait pas faisable facilement, les mères le demandant davantage. Marie-Amélie Dutheil de la Rochère regrette cependant que la grossesse soit souvent un frein aux carrières féminines et que des femmes voient leurs perspectives réduites quand entre 20 et 35 ans leur potentiel employeur refuse de signer un contrat en imaginant que leur employée risque à un moment de partir en congé maternité.

Si le FN est élu, quelles relations avec les associations féministes ?

Le FN étant régulièrement critiqué par la quasi-totalité des associations féministes, notamment par rapport à ses discours concernant l’avortement, son arrivée au pouvoir rendrait compliqué toute collaboration avec les personnalités qui oeuvrent sur le terrain pour promouvoir l’égalité femmes-hommes. Marie-Amélie Dutheil de la Rochère ne semble pour sa part pas vraiment inquiète, notant que dans les villes gérées par le FN, les associations, après avoir été réticentes, travaillent bon-an mal-an avec les maires frontistes même si elles ne le font pas forcément savoir.

Nous relevons cependant que dans plusieurs villes, des subventions associatives ont été réduites. Notre interlocutrice ne pense pas que Marine Le Pen conserverait un ministère des Droits des femmes, celle-ci s’étant engagée à diriger un gouvernement resserré ; mais elle imagine continuer à travailler avec les fonctionnaires qui travaillent actuellement sur ce sujet, par exemple avec une délégation interministérielle. Politiqu’elles rappelle pour sa part l’importance d’avoir un ministère dédié : au-delà la visibilité nécessaire à tous les combats féministes qu’un ministère offre, le budget et le travail de terrain ne peuvent s’orchestrer qu’à partir d’une administration forte et qui ne dépend pas d’une sous-direction et d’une pléthore de ministères.

Violences contre les femmes et laïcité

Sur le sujet des violences faites aux femmes, le FN veut améliorer l’efficacité des mesures pénales existantes et développer la prise en charge des femmes battues par leur conjoint. Rapidement, le sujet amène notre interlocutrice à nous parler de l’islamisme, bien que nous lui rappelons que les violences contre les femmes ne sont pas cantonnées à une communauté religieuse en particulier. Elle évoque alors l’« idéologie islamiste communautariste », proposant notamment d’étendre à l’espace public la loi de 2004 sur l’interdiction des signes religieux dans les établissements scolaires. Si Politiqu’elles condamne évidemment tous les propos et actes contraires à l’égalité femmes-hommes que prêchent certains imams radicaux et constatons dans certains territoires des comportements sociaux prosélytes, nous ne pensons pas qu’interdire dans l’espace public les signes religieux soit une solution. Interdire tout signe religieux dans la rue ne peut se faire au nom de la « laïcité », la loi de 1905 ayant été conçue pour organiser la liberté du culte et non pour abolir la religion de la sphère publique. Par ailleurs, comment dans un contexte terroriste fort avec un nombre de policiers insuffisant, assigner aux forces de l’ordre comme priorité la tâche de verbaliser une femme portant un voile ou un homme une kippa dans la rue ?

Prostitution

Concernant la prostitution, le FN ne souhaite pas revenir sur la loi pénalisant les clients, Marie-Amélie Dutheil de la Rochère estimant qu’il y avait auparavant une forme d’injustice à considérer la prostituée comme plus fautive que la personne qui demandait le service sexuel et faisait donc vivre ce marché. Le parti veut démanteler encore davantage les réseaux de proxénètes mais à la question de savoir si il régularisait les femmes étrangères victimes de ces personnes en France, on nous répond qu’elles seraient reconduites à la frontière comme tous les immigrés clandestins.

Éducation

Opposée à l’introduction des études de genre à l’école, Marine Le Pen veut recentrer l’école sur les « savoirs fondamentaux » (français, mathématiques, histoire…). Pour notre interlocutrice, la mission de l’école primaire doit avant tout amener les élèves à atteindre un certain seuil de connaissances, la question de l’égalité femmes-hommes pouvant se fondre par la suite par exemple dans les cours d’éducation civique. La lutte contre les stéréotypes de genre est de ce fait malheureusement négligée alors qu’il nous semble, chez Politiqu’elles, nécessaire dès le plus jeune âge d’inculquer aux jeunes l’égalité entre toutes et tous pour prévenir des schémas de pensés sexistes qui peuvent conduire plus tard au harcèlement ou à la violence.

Nous terminons notre entretien en évoquant le fait que la seule femme qui dans les sondages semble en mesure de l’emporter à l’élection présidentielle est Marine Le Pen, chose paradoxale dans un parti historiquement très masculin et peu féministe. Notre interlocutrice semble s’en réjouir, notant que les lignes bougent et que cela renvoie les partis « de gouvernement » à une certaine ringardise.

Conclusion générale

Si nous notons qu’il existe quelques mesures économiques en faveur des femmes dans le programme de Marine Le Pen, nous regrettons cependant qu’elles ne soient pas davantage développées, tout comme il nous semble dangereux de se focaliser uniquement sur l’islam et de délaisser des problématiques liées aux stéréotypes de genre, tout comme d’autres sujets non évoqués (cybersexisme, conjointes d’artisans veuves se retrouvant sans pension fautes de dispositions légales à l’époque, augmentation des budgets de la santé, prévention…).