Jean-Luc Mélenchon

Les propositions de Jean-Luc Mélenchon :

NB: ces propositions incluent celles du livret de l’égalité, extension du programme présidentiel de Jean-Luc Mélenchon

Lutte contre le sexisme

  • Mettre en place un commissariat à l’Égalité (qui se chargerait également de lutter contre le racisme) afin que les lois-cadres permettant l’égalité soient réellement appliquées.

Égalité salariale

  • Mettre en place un commissariat à l’Égalité (qui se chargerait également de lutter contre le racisme) afin que les lois-cadres permettant l’égalité soient réellement appliquées.
  • Réduire le temps de travail et augmenter les salaires.
  • Étendre  à  toutes  les  entreprises  l’obligation  d’adopter  un  plan  contre  les inégalités. En cas de non-respect, leur supprimer les subventions et augmenter les sanctions.
  • Revaloriser les métiers occupés majoritairement par des femmes.
  • Supprimer  le  travail  partiel  contraint  et  sanctionner  les  entreprises  qui n’embauchent  qu’à  temps  partiel.
  • Obliger les entreprises à observer un pourcentage égal femmes-hommes en formation et un plan de rattrapage.
  • Mettre  fin  au  quotient  conjugal et instaurer des congés parentaux.

Famille

  • Créer  un  service  public  unique  d’accueil  de  la  petite  enfance et  ouvrir 500 000 places en crèche et modes de garde adaptés.
  • Mettre  en  place  un  vaste  plan  de  formation  et  de  recrutement  des professionnel·le·s de la petite enfance.
  • Attribuer des moyens nécessaires à la protection maternelle et infantile.
  • Défendre  un  service  public  pour  le  3e et le  4e âge.

Santé des femmes

  • Gratuité des soins prescrits via le « 100 % Sécu ».
  • Constitutionnaliser le droit à l’intégrité physique (IVG, opposition à la marchandisation du corps humain).
  • Redonner des moyens aux associations locales (dont le Planning familial).
  • Permettre un accès à la contraception et à l’avortement garanti dans les faits.
  • Organiser des campagnes nationales « Sexualité, Contraception, Avortement ».
  • Mener le combat au niveau européen pour que l’ensemble des pays de l’Union européenne reconnaissent le droit à l’avortement.
  • Garantir une prise en charge digne pendant la grossesse et l’accouchement.
  • Imposer un plan de lutte et de prévention contre les MST.
  • Reconnaître le droit à la PMA pour toutes les femmes.

Violences

  • Instaurer une véritable loi-cadre.
  • Renforcer la politique de logements prioritaires et d’hébergements d’urgence pour les femmes en danger.
  • Organiser des  campagnes  d’information  et  de  sensibilisation  permanentes.
  • Assurer une formation  spécifique  et  obligatoire en matière de prévention pour tou·te·s les professionnel·le·s concerné·e·s et  mettre  en  place  une  antenne  spécialisée dans la réception  de  plaintes pour violences sexistes et sexuelles dans tous les commissariats.
  • Mettre  en  œuvre un  plan de  lutte contre les violences sexistes et sexuelles au travail.
  • Octroyer le statut de réfugiée pour toute femme demandant l’asile parce que victime  de  violences  sexistes,  sexuelles,  lesbophobes ou persécutées en raison de leur action pour les droits des femmes.
  • Interdire les déqualifications des violences sexuelles et refuser la médiation pénale en cas de violences sexuelles.
  • Adopter une loi en faveur de l’autonomie des femmes étrangères.
  • Abolir le principe de prescription pour les crimes à caractère sexuel.
  • Développer un plan de lutte contre le harcèlement de rue et dans les transports.
  • Mettre en œuvre une politique réelle de lutte contre les violences liées à la prostitution.

Sexisme et stéréotypes

  • Voter une loi contre le sexisme.
  • Donner, dans le cadre du mariage, le même statut aux noms de jeune fille et de jeune homme.
  • Mettre en œuvre une politique résolue de féminisation des titres et des textes officiels.
  • Supprimer la catégorisation masculin/féminin dans tous les documents officiels.
  • Garantir l’égalité entre le sport féminin et masculin, y compris en matière de diffusion à la télévision.
  • Donner une formation spécifique conséquente à l’approche genrée aux enseignant·e·s, aux  travailleur·euse·s  sociaux, aux  acteur·trice·s  de  la  formation professionnelle et aux fonctionnaires.
  • Soutenir les recherches sur les pratiques pédagogiques, et développer une culture et une pédagogie de l’égalité.
  • Mener des politiques pour déconstruire les représentations sexuées des métiers.
  • Renforcer l’éducation sexuelle à l’école.

Parité

  • Garantir que tout gouvernement soit paritaire et que les ministères régaliens ne soient pas réservés aux hommes.
  • Garantir la mise en place d’une Assemblée constituante strictement paritaire.
  • Inscrire dans la Constitution l’égalité de conditions entre les femmes et les hommes dans les institutions politiques, administratives, économiques, syndicales et associatives.

L’avis de Politiqu’elles sur le programme de Jean-Luc Mélenchon et compte-rendu de la rencontre avec Delphine Beauvois, rédactrice du Livret de l’égalité du candidat et porte-parole

25 mars 2017

Rencontre avec l’équipe de Jean-Luc Mélenchon (France Insoumise)

Nous avons rencontré Delphine Beauvois, institutrice et militante du mouvement de Jean-Luc Mélenchon. Auteure de littérature jeunesse, elle a coordonné avec Pablo Seban le groupe de travail qui a rédigé le livret du programme de Jean-Luc Mélenchon « Égalité femmes – hommes : abolir le patriarcat ». Il débute sur un constat, « la domination masculine » : les violences contre les femmes sont toujours élevées dans le monde et les législations opèrent parfois des régressions (par exemple aux États-Unis avec les arrêtés Trump sur l’IVG ou les femmes victimes de viols en zone de guerre au Moyen-Orient), notant qu’en France l’austérité budgétaire aboutit à fermer des centres IVG, que les lois concernant le travail précarisent davantage les femmes, que les stéréotypes sexistes restent présents et que la parité, malgré des progrès, est loin d’être atteinte.

Au début de notre échange, Delphine Beauvois reconnaît que la quasi-totalité des personnalités politiques se revendiquent féministes (car il serait impossible d’être élu en proclamant le contraire) mais dénonce une facilité de langage alors que le programme derrière, lui, ne suit pas toujours. Elle appelle donc à être vigilant sur le concret et l’étendue des propositions.

Laïcité

Les premiers échanges ont porté sur la laïcité, notre interlocutrice dénonçant l’instrumentalisation de ce sujet par l’extrême droite. Elle reconnaît qu’il est nécessaire que le sujet religieux reste de l’ordre de la sphère privé mais critique le fait qu’elle puisse servir aujourd’hui à stigmatiser les musulmans. Le discours de la France insoumise est que les religions monothéistes sont par essence toutes patriarcales et que les déclarations du pape sur l’IVG ou que l’accès différencié des femmes au Mur des Lamentations en Israël pose autant problème que les déclarations d’islamistes. Cela ne doit néanmoins pas servir à instrumentaliser le sujet de la religion contre seulement l’islam car les religions ne sont selon elle essentiellement pas féministes. Jean-Luc Mélenchon défend ainsi des positions laïques. Elle nous précise qu’il faudrait également se pencher sur les débats internes au féminisme musulman, où des intellectuelles agissent. La question du port du voile a par ailleurs selon notre interlocutrice davantage crispé la société (conduisant peut-être certaines femmes musulmanes à le porter par soutien), au lieu d’avoir un débat apaisé sur le sujet.

Prostitution et GPA

Concernant la prostitution, Delphine Beauvois reconnaît que certaines femmes peuvent vouloir se prostituer librement mais note que la majorité sont des victimes du système prostitutionnel et qu’à ce titre l’État doit s’engager à détruire les réseaux et traquer les proxénètes. Leur trouver des logements pour les réinsérer socialement et régulariser les sans-papiers victimes de ces trafics doit aussi être une priorité. Le problème de la prostitution réside également selon elle dans le rapport marchand (inégal d’ailleurs, la prostituée étant très souvent dans un besoin financier urgent), avec l’idée que le corps des femmes peut être acheté, ce qui peut à terme accroitre les comportements sexistes. Cette idée de lutter contre la marchandisation des corps se retrouve également dans la proposition de Jean-Luc Mélenchon de s’opposer à la GPA, mais partant d’une posture d’émancipation de la société et pas seulement « morale » comme peuvent l’être les anti-GPA de la droite radicale. Le candidat ne veut cependant pas s’opposer à la reconnaissance des enfants nés par GPA à l’étranger pour ne pas les pénaliser, eux. Il s’engage par ailleurs à ouvrir la PMA pour toutes les femmes.

Égalité professionnelle

Au sujet de l’égalité professionnelle, si La France insoumise n’est pas en désaccord avec les avancées de la loi Copé-Zimmermann (qui installe un quota de femmes dans les conseils d’administration), le mouvement regrette que les femmes qui arrivent à ces statuts restent une minorité qui dispose de certains avantages (notamment de pouvoir faire aisément garder leurs enfants) et que la réalité du monde du travail des employées est beaucoup plus précaire. Pour améliorer cette égalité, il faut selon le candidat augmenter le nombre d’inspecteurs du travail ou encore aider les entreprises de moins de 50 salariés à la mettre en place (en-dessous de ce seuil, il n’y a pas d’obligation) : cela dit, il ne faut pas être uniquement dans la sanction à leur égard mais dans l’éducation, afin que ces avancées se fassent de la meilleure manière possible. Les entreprises qui souhaitent accéder aux marchés publics devraient, elles, être exemplaires si elles veulent emporter le contrat.

Les petits boulots attirent également l’attention du leader de la France insoumise. Le métier de caissière par exemple, mécanique et éreintant, est la plupart du temps exercé par des femmes et les entreprises parfois trichent. Delphine Beauvois cite à ce titre l’exemple d’une caissière dont le temps de travail quotidien a été établi à quelques minutes en dessous d’un certain seuil, uniquement pour lui retirer un quart d’heure de pause déjeuner. D’autres par ailleurs (notamment dans les entreprises de nettoyage) cumulent plusieurs temps partiel pour éviter que le même employeur aient des obligations supplémentaires si il l’embauchait à temps plein. Pour Jean-Luc Mélenchon, ce cynisme doit cesser et il faut sanctionner les entreprises qui trichent en n’embauchant qu’avec ces temps partiels. Il veut également que la formation soit davantage tournée vers les femmes, les chiffres montrant qu’elles bénéficient et utilisent moins ces dispositifs que les hommes.

Congé parental

Du point de vue des congés parentaux, Delphine Beauvois nous cite une étude de Jacques Généreux (économiste) sur le sujet. Il ne faut pas que ce dispositif pénalise les femmes, ce qui peut avoir un coût sur leur carrière. Jean-Luc Mélenchon souhaite donc plus d’investissement des pères, en permettant notamment que les dispositifs leur soient davantage accessible afin qu’ils prennent leur part dans l’éducation de leur enfant. Cela permettrait également à terme de réduire la discrimination à l’embauche, un employeur pouvant rechigner à embaucher une jeune femme sans enfant, imaginant qu’elle tombera à un moment enceinte et utilisera seule son congé parental.

Sexisme et stéréotypes

La lutte contre les stéréotypes de genre apparaît clairement dans le programme de Jean-Luc Mélenchon. Il propose notamment de davantage former les professionnels de l’éducation (les professeurs mais également le personnel administratif, de service…), plusieurs études montrant que les filles ne sont pas notées de la même façon que les garçons. Il faudrait par ailleurs lutter contre les stéréotypes véhiculés dans les manuels scolaires, développer le recours aux jouets non genrés dans les petites classes, déconstruire la représentation sexuée des métiers de l’éducation nationale (la plupart des enseignants du primaire sont des femmes). Reconnaissant un mérite à la droite, Delphine Beauvois rappelle que l’éducation sexuelle a été mise en place par le ministre de l’Éducation nationale Luc Chatel mais qu’il faudrait maintenant la développer et lui donner un caractère obligatoire, en particulier pendant la puberté afin de faire comprendre ce qu’est « faire l’amour » et de ne pas laisser les jeunes avec comme seul référentiel la pornographie, où trop souvent une sexualité violente est véhiculée. Cette lutte contre les stéréotypes est donc pour le candidat un enjeu majeur, et veut lutter contre également dans d’autres sphères de la société, comme les médias.

Santé des femmes

Le candidat souhaite constitutionnaliser le droit à l’IVG, instaurer un centre IVG par hôpital et permettre aux femmes de choisir le mode d’avortement. Ces propositions vont de paire avec celle de mettre en place des centres de santé pluri-professionnels sur tout le territoire, afin notamment de lutter contre les difficultés d’obtenir un rendez-vous dans les déserts médicaux (milieux ruraux et banlieue). Delphine Beauvois nous cite en exemple la « Case santé » de Toulouse, dans un quartier populaire, qui a une approche collective de la médecine, un modèle dont elle propose de s’inspirer.

Nous souhaitons enfin aborder la question les gouvernements étrangers que Jean-Luc Mélenchon prend en exemple ou dont il entend s’inspirer, même si nous comprenons bien qu’il ne souhaite pas copier chaque politique et qu’il a son propre programme. Nous prenons l’exemple de Cuba ou du Venezuela, pays qui, si l’on se limite à ne parler que des droits des femmes, restent encore marqués par une forte culture militaire et patriarcale (en dehors de quelques personnalités féminines mises en avant, comme la nièce de Fidel Castro, qui a oeuvré pour les droits LGBT) et dont la plupart des postes dirigeants sont trustés par des hommes. Nous n’obtenons pas d’autre réponse que celle que Jean-Luc Mélenchon utilise dans les médias, à savoir les problèmes causés dans ces pays-là par l’agressivité des États-Unis et les spécificités locales qu’il ne prétend pas importer en France et qu’il n’approuve pas dans leur totalité.

Parité politique

Nous terminons notre entretien par le sujet de la parité, Jean-Luc Mélenchon la souhaitant parfaite à l’Assemblée (ce que permettrait le retour au scrutin proportionnel) et aussi au gouvernement, en notant (ce qui nous semble particulièrement important) qu’elle devrait être également appliquée dans les fonctions régaliennes, le gouvernement Cazeneuve comptant actuellement autant de femmes que d’hommes mais aucune aux postes régaliens. Concernant le scrutin actuel pour les élections législatives, notre interlocutrice reconnaît les difficultés d’investir autant de femmes que d’hommes en prenant également en compte les circonscriptions réputées plus favorables (où généralement les partis envoient majoritairement des hommes) mais note la bonne volonté de Jean-Luc Mélenchon sur ce sujet.

Conclusion générale

En définitive, le projet de Jean-Luc Mélenchon nous semble un des plus complets de la campagne. Il part de constats clairs concernant les problèmes actuels empêchant l’égalité entre les femmes et les hommes dans toute la sphère de la société et propose des choses concrètes, autant au niveau professionnel que politique, de la sphère privée et d’émancipation des individus. Nous regrettons simplement le sujet le la laïcité, qui n’y est guère évoqué même si nous en avons parlé lors de notre entretien (à titre d’exemple, Lutte ouvrière, beaucoup plus à gauche, est davantage militant sur le sujet et s’implique contre le communautarisme religieux). C’est également l’un des rares programmes qui utilisent les mots « féminisme » et « patriarcat ».