Emmanuel Macron

Les propositions d’Emmanuel Macron sont les suivantes :

Égalité professionnelle

  • Obligation pour les mairies de rendre publics les critères d’attribution des places de crèche et volonté d’effort massif de construction de places de crèche.
  • Individualisation de l’impôt sur le revenu pour encourager le travail des femmes
  • Défenseur des Droits aura pour mission d’organiser des contrôles aléatoires sur les politiques salariales et de ressources humaines et de rendre publics les résultats (name & shame)

Congé parental

  • Création d’un congé maternité unique pour toutes les femmes, indépendamment de leur statut

Santé des femmes

  • Défense du droit à l’IVG

Violences contre les femmes

  • Campagne nationale au début du quinquennat pour sensibiliser au sujet du harcèlement et des violences faites aux femmes.
  • Augmentation des amendes pour incivilité pour que le harcèlement ne soit plus toléré dans l’espace public
  • Généralisation du téléphone d’alerte pour secourir plus rapidement les victimes de violence

Parité et sexisme en politique

  • Parité dans les nominations des grands postes de l’Etat

L’avis de Politiqu’elles sur le programme d’Emmanuel Macron et compte-rendu de la rencontre avec Marlène Schiappa et Axelle Teyssandier

24 février 2017

Rencontre avec l’équipe d’Emmanuel Macron (En Marche!)

En raison de conflits d’agenda, notre rendez-vous en petit comité avec l’équipe d’Emmanuel Macron, à savoir, Marlène Schiappa, Axelle Teyssandier et la Sénatrice Bariza Khiari, prévu début avril a été annulé.

Nous avions néanmoins été conviés en février à une réunion de présentation du programme égalité femmes-hommes du candidat Emmanuel Macron, en présence d’autres responsables associatifs et personnalités de la société civile.

La rencontre a commencé par un large tour de table des participants présents. La rencontre s’est ensuite suivie par la présentation du programme égalité femmes-hommes du candidat En Marche sous trois axes: les violences contre les femmes, l’égalité professionnelle et le sexisme en politique. Nous tenons à souligner que ces propositions ont évolué avant la validation et la publication définitive du programme faite en mars.

Violences contre les femmes

Cette première partie sera la partie la plus longue de la réunion. En effet, les interactions avec les responsables associatifs ont été importantes à la suite de la présentation des propositions suivantes:

  • Volonté de faire des violences contre les femmes une grande cause nationale du quinquennat d’Emmanuel Macron – à l’instar de la campagne contre l’insécurité routière de la présidence Jacques Chirac
  • Augmenter l’amende pour incivilité contre les femmes dans la rue
  • Généralisation du téléphone d’alerte

L’équipe En Marche! souhaite lutter contre le sexisme et les violences contre les femmes par une campagne de communication de grande ampleur, car l’arsenal juridique pour protéger les femmes existe déjà et qu’il n’est pas nécessaire d’en ajouter à ce stade. La volonté affichée de l’équipe est claire, celle de faire reculer les chiffres des violences faites contre les femmes, notamment les viols. Nous les interrogeons alors que le fait que les viols / violences ne sont pas toutes reportés à la police et que in fine une campagne de ce genre pourrait ne pas les faire reculer mais justement révélé la face immergée de l’iceberg des violences faites contre les femmes. L’équipe En Marche! nous répond qu’en effet, les chiffres pourraient augmenter, mais que cela témoignerait de la réussite de la campagne dans la libération de la parole. Un point manquant est le cybersexisme, que nous avons abordé avec une journaliste présente. Nous avons eu le sentiment que c’était une thématique peu comprise par l’équipe.

Nous sommes perplexes quant à l’augmentation de l’amende pour incivilité contre les femmes dans la rue, car le harcèlement de rue n’est pas systématiquement assimilable à une incivilité. En effet, les femmes dans la rue subissent des agressions sexuelles (main sur les fesses dans le métro par ex.). À cela l’équipe En Marche! répond que le plus important dans cette mesure est la dissuasion de commettre ces « incivilités ».

Égalité professionnelle

  • Création d’une délégation interministérielle (comme la DILCRA) pour avoir les moyens de lutter efficacement contre les discriminations faites contre les femmes.

Cette proposition est très intéressante, et recoupe ce que dit la Ministre des Droits des femmes actuelle, Laurence Rossignol, qui plaide pour que les Droits des femmes soientt un portefeuille adossé à celui du Premier ministre afin de permettre une action plus efficace. Cela étant, elle a complètement été remplacée dans le programme définitive du candidat, par le Défenseur des Droits, une autorité administrative indépendante (AAI) qui n’a aucun pouvoir coercitif.

Sexisme politique

  • Présentation du système d’investiture En Marche! pour les législatives, où le parti prétend présenter autant de femmes que d’hommes dans des circonscriptions gagnables

L’équipe En Marche! présente son système de CNI pour les législatives, où pour avoir une assemblée paritaire, le parti va présenter autant de femmes que d’hommes dans les circonscriptions gagnables par En Marche!

Pour nous, la véritable solution pour permettre la parité à l’Assemblée nationale est de baisser le nombre de députés, de procéder à un redécoupage des circonscriptions et de présenter un binôme femmes-hommes par circonscription. Tout d’abord, En Marche! étant un nouveau parti, se réclamant ni de droite ni de gauche, nous ne sommes pas capables de comprendre dans quelle mesure seront définies les circonscriptions gagnables. L’équipe En Marche! a rétorqué lorsque nous leur avons posé la question qu’un algorithme créé par le parti déterminerait cela. Cela est difficilement auditable par nous à ce stade.

Conclusion générale

Le programme égalité femmes-hommes d’Emmanuel Macron a évolué entre sa présentation aux associations et sa publication officielle. Nous regrettons ne pas avoir pu en discuter après sa publication finale. Cela étant, le candidat propose un bloc de mesures intéressantes sur l’égalité femmes-hommes, même si l’application et la pertinence de certaines demeurent floues. La défense du droit de l’IVG est simplement présentée, le candidat ne parle pas de constitutionnalisation de ce droit ou des moyens qu’il mettrait en oeuvre pour le défendre. L’alignement des congés maternités selon les régimes sociaux est une bonne mesure, mais ne s’intéresse pas au congé parental dans sa globalité et comment on inclut les hommes dans le partage des temps de vie. L’effort de construction des places de crèche proposé par Emmanuel Macron n’est pas chiffré comme c’est le cas dans les programmes de Jean-Luc Mélenchon ou de Benoit Hamon.  Le name & shame des entreprises ne respectant pas l’égalité femmes-hommes est une bonne mesure. Nous regrettons que l’idée de délégation interministérielle n’ait pas été maintenue dans le programme final. Emmanuel Macron se dit féministe et souhaiterait qu’une femme soit Premier Ministre au début de son quinquennat. A noter que Emmanuel Macron annonce un gouvernement resserré et qu’il n’est pas certain que le portefeuille ministériel de l’égalité femmes-hommes soit maintenu.

Nous souhaitions également revenir sur les propos d’Emmanuel Macron sur le fait qu’il « croit en l’altérité. La vraie altérité pour un homme, c’est la femme. (…) Je suis profondément féministe car j’aime ce qu’il y a d’irréductible dans l’autre qu’est la femme »

Cette vision réduite de la supposée complémentarité de « la femme » et de « l’homme » relève d’une vision essentialiste du féminisme que nous ne partageons pas.