7 IDEES RECUES (A BALAYER) SUR L’ECRITURE INCLUSIVE

Avec la publication d’un manuel scolaire Hatier rédigé en écriture inclusive, le débat sur cette écriture, qui cherche à mettre les femmes et les hommes sur un pied d’égalité, a quitté les sphères militantes et nombreux sont les internautes qui y prennent part. L’occasion de revenir sur le sujet et d’aborder les nombreuses idées reçues auxquelles l’écriture inclusive se heurte.

L’écriture inclusive, qu’est-ce que c’est ?

Pour faire simple, l’écriture inclusive est une écriture qui promeut l’égalité femmes-hommes, c’est une écriture qui se veut non-sexiste et non-excluante. Elle a pour but d’annuler cette règle grammaticale qui nous a été enseignée : « le masculin l’emporte » quand bien même un seul homme se trouve dans un groupe de femmes, ce masculin qui domine dans les noms de métiers ou de fonctions.

La polémique est lancée notamment sur twitter depuis le début de la semaine dernière, et les détracteurs de l’écriture inclusive s’en donnent à cœur joie pour trouver des arguments contre la démocratisation de son utilisation. Revenons sur quelques idées reçues (à balayer) sur cette écriture égalitaire.

« C’est moche »

« Le langage est politique », c’est ce que dit Maria Candea, enseignante chercheuse en linguistique et sociolinguistique à l’université Paris III. L’écriture et la langue n’ont pas de fins esthétiques mais sont des éléments de communication, des outils éthiques et politiques. La langue influence notre façon de penser. C’est aussi ce que Raphaël Haddad (fondateur de l’agence de communication Mots-Clés, auteur d’un manuel en écriture inclusive et docteur en communication à l’université de Paris-Est Créteil) défend, « la langue est un enjeu de société ». La question de la beauté ou non de cette écriture parait bien futile et subjective quand on se rend compte qu’elle peut influencer du tout au tout la façon de penser d’une société.

« C’est difficile à lire »

Mettons-nous d’accord, ce n’est qu’une question d’habitude. C’est en lisant des textes rédigés en écriture inclusive que l’on s’y habitue et que la lecture devient de plus en plus facile.

De plus, des études ont montré que l’ordre des lettres dans un mot n’importait pas tant que la première et la dernière lettre étaient à la bonne place. Si notre cerveau est capable de lire des mots dans lesquels les lettres sont mélangées, il est bien capable de s’adapter à quelques points médians entre certaines lettres.

« Les enfants ne savent plus lire et écrire, ça va les embrouiller »

Les enfants ne sont pas moins intelligents que les adultes, et c’est notamment en introduisant l’écriture inclusive au plus tôt dans le processus d’apprentissage de la lecture qu’ils auront le plus de facilités à lire et à intégrer cette écriture. C’est connu, il est plus facile d’apprendre une langue étrangère quand on est jeune, et dans cette logique, apprendre à lire et utiliser l’écriture inclusive peut et devrait se faire dès le plus jeune âge.

« Il y a volonté de mettre le féminin au-dessus », « c’est excluant »

Alors non, ce n’est pas une écriture excluante puisqu’elle vise à rendre la langue française plus neutre et donc à supprimer l’effet de domination du masculin. Le but n’a jamais été de faire dominer le féminin mais bien de mettre ces deux genres au même niveau et d’assurer une représentation égale entre les femmes et les hommes dans la langue.

Pour comprendre que l’écriture inclusive n’est pas excluante, mais que celle que nous utilisons depuis toujours l’est, c’est très simple : imaginons-nous ne parler plus qu’au féminin, féminisons tous les noms de métiers et accordons tout au féminin. Ce serait excluant, comme le « masculin neutre » actuel exclut le genre féminin.

« Il ne faut pas toucher à notre belle langue de Molière / la langue ne peut/doit pas être modifiée car il faut respecter ce que dit l’Académie Française »

Jusqu’à il y a 300 ans, on utilisait la règle de proximité pour accorder (c’est-à-dire, par exemple : les garçons et les filles sont belles. On accordait selon le dernier nom), cette règle a changé quand l’Académie Française a déclaré que le genre masculin était plus « noble ». L’usage de masculin a été et est toujours imposé par des personnes qui avaient/ont une autorité sur la langue française quand bien même ces personnes ne possèdent pas le monopole de l’évolution de la langue (et sont ouvertement sexistes et anti-progressistes). Il s’agit maintenant d’arrêter de donner toute puissance à l’Académie Française, qui est bien loin d’être à jour sur les questions d’évolution de la langue.

La langue est vivante et ce sont ses évolutions qui la construisent, de plus Molière est mort il y a maintenant plus de 300 ans, la langue a évolué depuis et sans faire d’esclandre, alors pourquoi ne pas la faire évoluer maintenant dans le sens de l’égalité femmes-hommes ?

 « C’est un combat secondaire, il y a plus important »

S’il y a bien une chose que l’on peut dire sur le féminisme c’est qu’aucun de ses combats n’est « secondaire », et pourtant c’est ce que certain·e·s se plaisent à répéter. Quand on parle d’écriture inclusive on nous demande de parler des femmes battues, quand on parle des femmes battues on nous dit qu’il est plus important de parler de viol et quand on en parle alors là il est plus important de parler égalité des salaires. Or, il est nécessaire de commencer quelque part quand on veut arriver à une égalité femmes-hommes à tous les niveaux de la société et c’est aussi par la langue que cela peut se faire. Le féminisme c’est une bataille quotidienne sur tous les fronts.

De plus, comme le disait très justement Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, mercredi 27 septembre au Grand Oral, « Quand il y a tellement de retard sur la cause qu’on veut défendre et l’égalité femmes-hommes, des fois on prend des mesures qui peuvent apparaitre comme provocatrices, mais qui sont nécessaires. […] Le quotidien, la pub, la télé, tout est inégalitaire, la politique est inégalitaire […] si on a pas des choses comme celles-ci, au bout du compte on ne changera rien. Donc oui, il faut assumer une part de provocation pour changer les choses. »

« La langue reflète la société et sa façon de penser le monde », c’est ainsi que le Haut Conseil à l’Egalité Femmes-Hommes encourage l’utilisation de l’écriture inclusive et donne 3 les trois grandes règles pour la mettre en œuvre :

  1. accorder les grades/métiers/fonctions au féminin
  2. décliner le féminin et le masculin à l’aide de points médians* pour parler d’un groupe
  3. utiliser des termes universels et génériques plutôt que « homme » ou « femme » (ex : les individus, ou les droits humains plutôt que les droits de l’Homme)

*Raccourcis claviers pour faire des points médians :

ALT + Maj + F (mac)

ALT + 250 (PC)

 

Pour aller plus loin :

  • Arguments idiots contre l’écriture inclusive :

http://www.toutestpolitique.fr/2017/09/26/arguments-idiots-ecriture-inclusive/

  • Thread sur l’écriture inclusive :

https://twitter.com/MathieuArbogast/status/912425834174189569

 

  • Prêt·e·s à utiliser l’écriture inclusive ? :

http://www.liberation.fr/france/2017/09/27/pretes-a-utiliser-l-ecriture-inclusive_1598867?utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Twitter#link_time=1506504226