Pour sa deuxième conférence, la section dijonnaise de Politiqu’elles a reçu Ursula Plassnik le jeudi 11 février, sur le thème « Les femmes dans l’Union européenne et dans le monde ».

Ursula Plassnik est Ambassadeur d’Autriche en France depuis 2011 et a une importante expérience de la diplomatie et des relations internationales. Son discours donne à réfléchir sur la place des femmes dans le monde professionnel. Où en sommes-nous en termes d’égalité hommes/femmes ? Que faut-il faire pour assurer une concurrence parfaite aux postes de la fonction publique et dans les entreprises entre les deux sexes ? Telle est la question.

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Mme Plassnik s’est intéressée à la part représentée par les femmes au niveau opérationnel dans les entreprises les mieux cotées, et cela peut surprendre, mais le pourcentage était bel et bien nul.
En comparant « l’étage top » de la fonction publique et du secteur privé, il paraît que les échelons supérieurs du secteur public sont beaucoup plus accessibles pour les femmes. Aujourd’hui, être membre d’un gouvernement, haute responsable dans la justice ou dans une banque nationale n’est plus l’exception en France, en Allemagne ou en Autriche. Par contre, en 2015, parmi tous les dirigeants PDG des entreprises du CAC40, du DAX et de l’ATX, il n’y avait aucune femme.

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Ursula Plassnik s’adressant au public et Morgane Gasse, présidente de Politiqu’elles – Dijon

Catégorie « plante verte »

L’invitée de Politiqu’elles a évoqué une expérience qu’elle a pris l’habitude de faire lors des réunions officielles (où la plupart des invités sont des hommes, d’ailleurs) : sans se présenter, elle observe le comportement des autres à son égard. Résultat ? « Laissée dans un coin ». Une fois présentée, elle « passe de la catégorie « plante verte » à celle d’une personnalité respectable ». Mais avant que sa fonction ne soit dévoilée, tout le monde s’attendait à ce que le ministre des Affaires étrangères [fonction qu’occupait Ursula Plassnik lors de la première expérience de ce genre] soit un homme. On constate ainsi que la société n’a pas non plus l’habitude de voir les femmes exercer des fonctions publiques.

Les femmes ne peuvent-elles pas rester à la maison ?

Pourquoi donc rompre l’ordre établi et inclure les femmes dans l’espace public ? Ursula Plassnik répond : « Le monde est dans un état où l’on ne peut pas renoncer à 50% des ressources humaines », c’est-à-dire à un ensemble de compétences d’une grande partie de la société. En effet, les équipes mixtes améliorent le fonctionnement des entreprises et c’est aussi le cas dans la fonction publique. Les femmes ont des sensibilités, expériences et talents différents des hommes, et cette diversité peut s’avérer très profitable dans le milieu professionnel.

Enjeu : le pouvoir

Ce problème d’accès inégal des hommes et des femmes aux postes décisifs de notre société est avant tout lié à l’idée de pouvoir. « Ceux qui le détiennent ne veulent pas en lâcher même une petite parcelle ». Il est vrai qu’il existe aussi une concurrence entre les hommes, mais ils rivalisent à un niveau plus égal dès le départ. Tandis que si les femmes, retenues jadis au foyer, finissent un jour par avoir les mêmes chances que les hommes, les détenteurs du pouvoir verront leurs concurrents se multiplier.

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Un amphithéâtre bondé pour écouter Madame Plassnik

Pour ou contre les quotas de femmes ?

Imposer un nombre minimum de femmes aux postes décisionnels dans les entreprises et dans la fonction publique ? Cela semble à première vue bizarre à Mme Plassnik. Les femmes ne sont pas une minorité, elles sont aussi nombreuses que les hommes, donc pourquoi introduire des quotas ? Selon Mme l’Ambassadeur, il faut attendre un certain temps que la société s’habitue à la promotion des femmes. Il faut une phase intermédiaire, pendant laquelle le quota pourrait servir d’instrument.

En ce qui concerne les femmes qui sont déjà parvenues à obtenir un poste décisionnel, elles n’ont pas besoin de traitement particulier : « Prenez-les au sérieux, c’est tout ce qu’elles demandent » dira Mme Plassnik, en ajoutant que « les femmes n’ont pas besoin de bouquets de fleurs sur la place publique ; les hommes sont suffisamment compétents pour ça dans la vie privée ».

« Sortir du coin femmes »

Ces mots de Mme Plassnik expriment l’idée d’inclure les femmes aussi bien dans le domaine privé que public plutôt que de les laisser à part. Comment ? Pour commencer, en investissant dans leur éducation. L’éducation permet effectivement d’acquérir un niveau de connaissances qui libère du déterminisme ; c’est le premier pas vers le luxe de se poser la question : que voudrais-je faire plus tard ?

D’après un rapport de l’UNESCO datant de 2013, le nombre de filles scolarisées en primaire est inférieur de 5 millions à celui des garçons. Or d’après un autre rapport, cette fois le Human Development Report, il n’y aura pas de meilleur développement économique sans plus de parité.
On parle tant des inégalités de développent entre les pays du « Nord » et ceux du « Sud », mais ces derniers sont justement en retard en termes d’éducation des filles.

Paradoxalement, l’égalité hommes/femmes est ancrée dans 161 Constitutions du monde, pourtant sa mise en œuvre se déroule très différemment en fonction des pays.

Ensuite, la question épineuse de la violence contre les femmes dévoile des données encore plus scandaleuses : d’après l’OMS, 29 pays tolèrent la mutilation génitale féminine(MGF). Ainsi à l’éducation s’ajoute la nécessité de protéger les femmes contre la MGF. Changer la législation pourrait être un point de départ indispensable.

Tout commence à la maison

Enfin, « rares sont les hommes qui restent pour s’occuper de leurs enfants malades et de leurs pères ou mères à la fin de leurs vies » : il faut une nouvelle répartition des tâches dans les familles pour avancer. Si l’on considère que chaque sexe a un rôle social prédéterminé, il est certain que l’on n’ira pas très loin en matière d’égalité des chances hommes/femmes.

Maria Popczyk