L’Union européenne peut-elle être le tremplin de l’intégration des femmes en politique ? Après avoir contribuer à l’égalisation formelle de la condition des femmes et des hommes, le travail à l’échelle communautaire semble essentiel pour assurer l’égalité réelle des sexes. Politiqu’elles, assistée de Europeans Now et Women Work, a organisé une conférence le 22 avril dernier sur le sujet du Lobby Européen des Femmes avec les interventions de la lobbyiste Julia Muret, de l’eurodéputée EELV Karima Delli et de la chercheuse CEVIPOF Réjane Sénac.

Conférence Lobby Européen des Femmes

Conférence Lobby Européen des Femmes

Julia Muret, membre de la Coordination Française du Lobby Européen des Femmes (CLEF) nous a montré que le lobbysme publique est une voie intéressante pour promouvoir le droit des femmes dans la sphère politique. Il existe un lobbying direct auprès de la Commission et du Parlement Européen. Mais c’est surtout le lobbying indirect, à savoir l’agrégation des actions associatives dans l’intérêt des droits des femmes, qui est la voie d’action principale de la CLEF. Dans les deux cas, le lobbysme permet soit d’impulser des directives spécifiques contre l’injustice économique et sociale genrée, soit de promouvoir le gender mainstreaming, c’est-à-dire la prise en compte des problématiques de genre dans tout le corpus législatif touchant à la société.

L’eurodéputée Karima Delli nous a donné un éclairage sur le processus décisionnel au sein du Parlement européen concernant les droits des femmes. Le lobbying direct est très souvent accaparé par des groupes d’intérêts privés expliquant l’image négative qu’on en a. Néanmoins les lobbies-citoyens existent est sont très actifs concernant les problématiques environnementales, moins quant à la promotion de l’égalité des sexes. Cela s’explique par la mise en place de différentes commissions dédiées à ces questions, qui servent parfois d’alibis au Parlement européen pour rester timide sur le sujet de surcroît depuis la poussée de mouvements conservateurs et réactionnaires après l’élection de mai 2014. L’eurodéputée a par ailleurs insisté sur l’importance d’intégrer les hommes dans ces débats malgré une certaine réticence. Karima Delli nous a également parlé de la persistance d’un sexisme important au sein des institutions européennes.

La chercheuse CNRS Réjane Sénac nous a expliqué que la persistance d’un fort sexisme en politique dans l’UE et a fortiori en France est structurelle. Après la révolution de 1789, elles sont exclues de la citoyenneté. Il a fallu un long processus pour leur donner le droit d’être représentées par le vote ; il en sera de même pour leur permettre de représenter les citoyens de la même manière que les hommes. Cependant le passage d’un féminisme contestataire à un féminisme plus institutionnel par le lobbying ou les associations est une adaptation efficace au contexte actuel. Grâce au « triangle de velours » constitué de trois pôles : chercheurs, lobbyistes et politiciens, les problématiques liées à l’égalité des genres sont désormais inscrites dans le débat publique. Néanmoins en sa qualité de Présidente de la commission parité du Haut Conseil de l’Egalité entre les hommes et les femmes, Réjane Sénac nous a asserté qu’il restait beaucoup de chemin à parcourir. Les femmes en politique restent reléguées à des postes bien précis. Implicitement, on considère qu’elles une sensibilité naturelle qui les laisse en dehors des fonctions régaliennes. On inclut les femmes en politique pour les mêmes raisons qui avaient motivées leur exclusion.

 

Sandrine ELMI