C’est devant une salle comble que Yann Galut est venu, ce mercredi soir, sur invitation de Politiqu’elles, parler en toute liberté de son engagement féministe. Ce député PS du Cher s’est en effet plusieurs fois démarqué par son engagement en faveur des femmes. Son dernier coup d’éclat : la publication d’une tribune défendant Najat Vallaud-Belkacem, en réponse aux attaques sexistes subies à la suite de sa nomination au ministère de l’Éducation Nationale. Heureux d’avoir reçu cette invitation à l’échange, Yann Galut commence par une brève présentation : déjà député sous Lionel Jospin entre 1997 et 2002, il est à nouveau élu en 2012 et a créé un club nommé « La Gauche Forte » qu’il co-préside avec son ami et collègue Alexis Bachelet. Depuis quelques semaines, il est aussi à la tête d’une nouvelle sensibilité au PS, appelée « Cohérence Socialiste ».

Mais ce soir, ce n’est pas le sujet. Très vite, le député du Cher se questionne, face à la salle : le combat féministe est-il encore actuel ? Les femmes dans la société, mais aussi en politique, sont-elles encore victimes de discrimination ? Non, pourrait-on répondre naïvement. Non, car il y a des lois, des actions, une Secrétaire d’État chargé aux droits des femmes (Ndlr: le Gouvernement Valls II n’a plus de ministère des droits des femmes de plein exercice, ayant entraîné des manifestations de certaines associations féministes). Pourtant Yann Galut apporte une réponse tout à fait différente. Paradoxalement, selon lui, les avancées pour valoriser les femmes reculent depuis quelques années. Pour lui, cette impression est liée à la montée en puissance des réseaux conservateurs et extrémistes.Ceux qui ont émergé pendant la lutte contre le mariage pour tous et dont l’objectif initial a rapidement été dévoyé, allant jusqu’à la remise en question de l’IVG, et qui a été l’occasion de l’émergence de nouvelles polémiques sur le thème du genre notamment. Il rappelle les trois piliers qui constituent sa vision du combat féministe : transpartisan, législatif, universel. La question de la nécessité de la loi, d’ailleurs, fait débat : la parité doit-elle être imposée ? La mise en place de quotas est-elle la bonne solution? Yann Galut y souscrit : il rappelle son engagement personnel, même au sein de son parti lorsque le débat faisait rage, en faveur des quotas. Pour lui, c’était une nécessité de passer par la loi pour imposer la parité. Dès 1997 par exemple, au niveau du PS, un tiers des circonscriptions étaient réservées aux femmes. L’argument qui consiste à marteler que les femmes ne veulent pas s’engager ni faire de la politique a selon lui pu être remis en question, grâce notamment à la constitution des listes : trouver des femmes était réalisable, même dans les petites communes. N’en déplaise aux contradicteurs des lois de parité pour le député. Ainsi, même s’il a fallu imposer des règles très strictes au niveau de la parité, aujourd’hui, on note enfin une évolution…  

Dans le combat féministe relatif à l’investissement en politique, « il y a la recherche de l’égalité mais aussi le respect à gagner » précise le député. Il est aujourd’hui intolérable que les femmes soient les cibles, notamment sur les réseaux sociaux, des opposants au gouvernement. Les exemples sont foisonnants : Christiane Taubira, Najat Vallaud-Belkacem, Cécile Duflot… Le député n’hésite d’ailleurs pas à dénoncer également certains propos insupportables tenus à l’égard de Marion Maréchal-Le Pen, bien qu’il lutte ardemment contre le FN. « On trouve toujours un vieux fond de machisme dans la classe politique française » s’insurge Yann Galut, en constatant tristement que certains mots ne sont jamais employés à l’encontre d’hommes politiques. Il en va de même pour certaines thématiques. Les femmes sont beaucoup plus souvent victimes d’attaques sur leur apparence physique, leur tenue vestimentaire, leur coupe de cheveux, que les hommes. Ces attaques, qualifiées par le député comme étant « en bas de la ceinture » ne datent pas d’hier : Edith Cresson en 1992 en avait déjà été la victime. Un autre argument est d’ailleurs encore souvent employé par la classe politique : « la femme politique y arrive parce qu’elle couche ». Ce type de discours se retrouve malheureusement à tous les niveaux, précise le député, que ce soit au sommet de l’État, en région ou encore en municipalités… « Bref, conclut-il, la classe politique est dans son ensemble encore très méfiante à l’égard des femmes ».

L’homme politique met aussi le doigt sur un autre phénomène, concomitant au premier : les femmes élues doivent donner beaucoup plus de preuves de leur travail et de leurs compétences que les hommes. Leur puissance de travail est extraordinaire dès lors qu’elles sont en responsabilité. De nouveau, les traitements sont différents, en fonction que l’on soit homme ou femme…

A la question « Pourquoi êtes vous féministe ? », l’homme est gêné, car il ne sait que répondre devant ce qui semble être une évidence. « Je n’en sais rien, c’est en moi. Peut-être aussi que cela vient du fait de ma sensibilité politique, qui considère que l’égalité est quelque chose de tout à fait naturel… »

Yann Galut termine le débat avec une note d’espoir : selon lui, notre génération a évolué, et il y a beaucoup de place pour que cette question avance encore. Cette parité il faut la construire, encore par le biais de lois, mais surtout par le changement des mentalités qui ne s’effectuera que si les questions de justice et d’égalité sont mises au centre des débats… comme cela est fait à Politiqu’elles. En deux mots il conclut: le féminisme est, encore aujourd’hui, « le combat de tous les républicains et de tous les progressistes ».

Eve AUBISSE